Compte rendu conférence du 11 décembre 2017

L’émouvante et néanmoins véridique histoire
de la lettre au Père Noël

Conférence donnée le 11 décembre 2017, par Madame Valérie-Inès De la Ville et Monsieur Antoine Georget de l’université de Poitiers. Nos deux chercheurs ont été sollicités par le Comité pour l’histoire de la Poste pour une enquête sur l’histoire de la lettre au Père Noël, dont ils nous livrent l’articulation, le reste faisant l’objet d’un livre très détaillé vendu dans la salle.
Après la deuxième guerre mondiale, les postiers constatent une augmentation importante des courriers adressés au Père Noël, cependant, on doit savoir que tout courrier dont l’administration des Postes ne trouve pas le destinataire est envoyé obligatoirement rue du Louvre, à la poste centrale de Paris pour destruc- tion, c’est le rebut, mais, également, la loi exige que ce courrier ne soit pas ouvert, tel est le sort du courrier du Père Noël. Dans les années 60, le journal interne de la Poste indique que plus de 4000 lettres au Père Noël, venues de la métropole, mais aussi des colonies, vont au rebut. C’est à cette époque que des receveuses des PTT décident d’enfreindre la loi en ouvrant ces lettres et en y répondant. Nos chercheurs en ont trouvé deux exemples provinciaux largement documentés. L’une de ces postières répondant aux lettres au Père Noël dans un petit village s’étant trouvée, en trois ans, submergée de lettres décide de demander officiellement l’autorisation de répondre. Sa demande, au vu de sa gravité remontera jusqu’au Ministre qui donnera son autorisation ; peut-être après une étude d’impact ?
1962 a été une année importante en événements et également à la Poste avec l’adoption de la couleur jaune et de l’oiseau postal. Pensant aux avantages que pouvait apporter à son image cette affaire de Père Noël, les médias s’en étant emparés, l’administration décide la création du secrétariat du Père Noël, d’abord à Paris puis, à partir de 1967, vue l’avalanche de courrier, à Libourne.
Pendant une quarantaine d’années, le service postal développera le concept de la réponse aux lettres au Père Noël avec de nombreuses cartes illustrées remplaçant la lettre classique car plus aisée à expédier vu le développement très important du volume du courrier traité. C’est Françoise Dolto qui rédigera le premier texte de carte-réponse. Nos deux universitaires présentent une série de cartes dont les illustrations sont en adéquation avec leur époque avec des Père Noël cosmo- nautes, minitel, faisant peu à peu de la publicité pour les produits de la Poste. Cependant, on peut observer une évolution : si au départ la Poste pensait à une œuvre humanitaire et pédagogique avec des collaborations avec les enseignants et les parents, on pouvait voir sur les cartes-réponses des postiers intermédiaires entre l’enfant et le Père Noël, peu à peu les facteurs disparaissent pour céder la place au Père Noël seul, doté d’outils de télécommunications modernes, nous sommes en 2000.
Très récemment, c’est la grande distribution qui tente de s’approprier le concept en invitant ses jeunes clients à écrire au Père Noël et en confiant ce courrier à la Poste évidemment gracieusement, tout en s’en attribuant les lauriers. Naturelle- ment, les personnels de la Poste ont réagi. Il est intéressant de constater l’intérêt vigilant, presqu’affectif éprouvé par les personnels de cette administration, car finalement, la lettre au Père Noël, c’est leur création !

La Ville (de) V.I., Georget A., 2014, Le Père Noël de La Poste – La surprenante histoire de son secrétariat (1962-2012), Editions Peter Lang, Bruxelles, 197 p.
A commander sur le site de l’éditeur : https://www.peterlang.com/view/9783035299120/cite.html


André Vigne

Renaissace en Val de Dronne


Un très riche après-midi consacré à la Renaissance
Environ 85 personnes ont participé à cette très intéressante réunion organisée par le Club Histoire Mémoire Patrimoine de la Tour Blanche le samedi 18 novembre 2017. Au programme : une magnifique exposition sur la Renaissance en Val de Dronne prêtée par les amis de Brantôme, la conférence d’Alain Reilles sur les sciences à la Renaissance, une pause-café-pâtisseries avec des prêts et ventes de livres, un exposé très vivant de Sonia Breux-Pouxviel sur le costume à la renaissance, et pour finir en apothéose, le concert sur la renaissance musicale en Europe donné par l’ensemble Viva Voce.
La Science de François 1° à Louis XIII (1515-1543)
Par alain.reilles@wanadoo.fr au Club histoire mémoire et patrimoine de la Tour blanche le 18-11-2017
Avec le dénombrement et l'écriture, la science va naitre en divers pôles : Amérique centrale, Chine, Egypte, Mésopotamie… Dès le V°Siècle Av JC, le monde Grec nous léguera une vision étonnamment moderne (théorie atomiste, transformation des espèces, héliocentrisme, calcul du rayon terrestre …) L'empire romain héritera partiellement de ces connaissances... à sa chute, l'ordre religieux imposera sa vision (le christianisme devenant religion d’état en 392). Dans l’Espagne Wisigothique du VI° siècle, Isidore de Séville rassemblera des éléments du savoir antique (perdu dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie de 415), puis Bède le vénérable et Alcuin (précepteur de Charlemagne) seront, les maillons de cette transmission dénommée Renaissance carolingienne où des moines copistes traduiront les textes grecs en latin. Gerbert d’Aurillac, pape de l’an 1000, constatant l’avance de l’Espagne musulmane tentera de faire adopter, la numération indo-arabe que Léonard de Pise (XIII° siècle) réussira à imposer dans les circuits marchands de la méditerranée. Avec la boussole, de nouvelles routes maritimes sont créées tandis que débute la contestation de l'ordre établi («Des chrétiens contre les croisades» / contestation de John Wycliffe en Angleterre puis de Jean Huss à Prague)
La Renaissance : En 1453, la chute de Constantinople génère la fuite des savants de langue grecque vers l’Italie et favorise l’émergence du Quattrocento à Florence. Quasi simultanément, l’imprimerie permet l’édition du premier livre, La Bible. Dés lors, ce n’est plus le pouvoir central et hiérarchisé qui véhicule «La parole divine» mais celui qui sait lire ! Le pouvoir n’échapperait-il pas à la papauté ? Puis à la royauté ? La réforme se prépare et l’inquisition veille…
La vision du monde change : Christophe Colomb découvre ce qui sera l’Amérique (1492) et Nicolas Copernic (1530) publie sa théorie héliocentrique déjà envisagée par Aristarque de Samos... Dans cette soif de connaissance, la Renaissance des Sciences des Arts et des Lettres est en marche… Avec ses soubresauts d’horreur et d’intolérance.
Léonard de Vinci (1452-1519) est installé à Amboise par François 1°: ce génie en art, peinture, anatomie… est aussi le premier ingénieur, le musée du clos Lucé rassemble de nombreux dessins et maquettes de ses inventions… ainsi la date mythique de 1515 marquerait plutôt le début de la Renaissance en France.
Naissance de l’esprit critique : Conrad Gestner,(1516-1565) après ses études de médecine à Montpellier, établit une classification des espèces animales, et relance l’origine des fossiles tout comme Bernard Palissy (1510-1590) embastillé pour avoir expliqué que les fossiles sont des restes d’organismes ayant vécus et non les jeux de la nature, prônés par Aristote, tandis que Michel Mercati (1541-1593) ouvre le premier cabinet de curiosité et prétend que les «pierres de foudre» constituent les premiers outils des hommes préhistoriques : une nouvelle vision du monde est en marche.
4 mathématiciens italiens : Nicola Fontana (Tartaglia) (1499-1557) étudiant la balistique met en équation les mouvements paraboliques, Jérôme Cardan (1501-1576) et Ludovico Ferrari (1522-1565) prolongent, en algèbre le savoir indien et arabe ; Rafael Bombelli (1526-1572) invente les nombres imaginaires ou complexes (dont le carré est négatif) et dont les applications n’entreront en vigueur que dans la physique du XX° siècle.
4 mathématiciens français : François Viète (1540-1603) conceptualise l’écriture des équations, Marin Mersenne (1588-1648) effectue des recherches sur les nombres premiers, René Descartes (1596-1650) invente la géométrie analytique (organisée dans un repère cartésien) tandis que Pierre de Fermat (1601-1665) prolonge l’oeuvre des mathématiciens de l’antiquité et pose divers théorèmes. Notons aussi l’apport de Descartes et Fermat dans l’élaboration des lois de l’optique.
4 médecins européens : André Vésale (1514-1564) dépasse l’anatomie de Galien et donne les premières images du cerveau Ambroise Paré (1510-1590) le chirurgien des champs de bataille ligature les artères au lieu de les cautériser à l’huile bouillante, Miguel Serveto (Michel Servet) (1511-1553) explique la circulation pulmonaire et sera brulé vif par Calvin relativement à ses croyances, enfin William Harvey (1578-1657) découvrira la circulation sanguine (déjà connue en Chine)
Le rôle des femmes : Si Catherine (1519-1589) et sa lointaine cousine Marie de Médicis, (1575-1642) reines de France diffuseront la culture italienne, Théodora Danti, Eleonora Sangvitelli et Elena Lucretia Cornaro (1546-1684) honoreront les mathématiques : elles constituent l’exception européenne. En France, Jacquette de Montbron, (1542-1598) suite à son veuvage avec Pierre de Bourdeille dessinera les plans de son château avec une distribution novatrice des pièces.
Un nouveau calendrier : Depuis l’antiquité, avec l’année de 365 j , les solstices se sont décalés au point que le pape Grégoire XIII décide qu’au 4 octobre 1582 succèdera le 15 octobre 1582 car la durée de l’année est : 365 j 5 h et 48 min.
Ce calcul, bousculant les 1000 ans du Moyen-âge, pourrait symboliser l’ancrage de la Renaissance à l’antiquité.
La Révolution copernicienne : Galileo Galilée (1564-1642) effectue des expériences qui contredisent la théorie d’Aristote sur la chute des corps, sur la relativité des mouvements et celui de la Terre en particulier.
La théorie de l’héliocentrisme de Nicolas Copernic, (1473-1543) est confirmée par Galilée qui, grâce à sa lunette, découvre les satellites de Jupiter. Ainsi, le soleil est le centre de notre univers, les planètes gravitent autour de lui avec leurs propres satellites... L'église condamne cette vision mais la réflexion est en marche, Giordano Bruno et son disciple Giulio Cesare Vanini affirmeront même que les étoiles sont autant de soleils…Ils périront sur le bucher... (1600 à Rome pour Giordano Bruno et 1619 à Toulouse pour Giulio Cesare Vanini)
Dans cette effervescence, l’Europe du nord, plutôt rallié à la réforme, permet à la Science de se développer plus librement, ainsi les mesures du Danois Tycho Brahe (1564-1601) permettent à l’Allemand Johannes Kepler (1571-1630) de valider les trajectoires elliptiques des planètes donnant une cohérence à l'équilibre du système solaire. Cette nouvelle théorie sera adopté par jean Tarde (1561-1636) de la Roque Gajac (il rencontrera Galilée à Rome) et Pierre Gassendi (1592-1655) qui établit les tables des positions de Jupiter, Mars et Vénus.
La Science en Périgord : Jean Rey, né au Bugue en 1583, effectue ses études à Montauban, fief protestant, puis étudie la médecine à Montpellier. Doté d’une bonne curiosité intellectuelle, il remarque auprès de son frère maitre de forges, que le plomb et l’étain « calciné » augmentent de poids (vérifié par Jean Brun apothicaire à Bergerac) il en déduit dans ses « Essays », publiées en 1630, que cette augmentation de poids provient de la combinaison avec l’air qui donc aurait un poids… Ses observations étant en contradiction avec la théorie des 4 éléments d’Aristote, il se doit d’obtenir de puissants appuis politiques (Frédéric Maurice de la Tour d’Auvergne, frère de Turenne, propriétaire de la baronnie de Limeuil). Hélas, lors de ses échanges avec Marin Mersenne, il n’arrive pas à peser l’air ni à définir sa pression…
L’ouverture sur la physique : La notion de pression sera mise en évidence par Evangelisto Torricelli qui réalisera le tube barométrique à mercure permettant, de mesurer les variations de la pression atmosphérique. Dans ce contexte Blaise Pascal (1623-1662) mesurera la pression en fonction de l’altitude (expérience du Puy de Dôme), réalisera une presse hydraulique. Ses travaux seront particulièrement honorés puisque le pascal deviendra l’unité de pression.
Philosophe, mathématicien, il inventera à 19 ans, la Pascaline machine à calculer, ancêtre de l’ordinateur, créera plusieurs théorèmes dont le calcul des coefficients du binôme grâce au « triangle de Pascal », et effectuera les premières théories sur le calcul des probabilités.
Pour terminer, nous évoquerons les célébrités du grand sud-ouest qui ont été citées avec François Viète de Fontenay le Comte, François 1° de Cognac, Pierre de Bourdeille dit Brantôme associé à Jaquette de Montbron, Savinien Cyrano auteur de Science-fiction, parisien, mais immortalisé par son patronyme «de Bergerac», Blaise Pascal avec Clermont Ferrand en limite du territoire concerné, Michel de Montaigne célébré tant à Bordeaux qu’à Périgueux avec son ami Etienne de la Boëtie de Sarlat, Jean Rey du Bugue, Bernard Palissy de Lacapelle Biron, Jean Tarde de La Roque Gajac, Clément Marot de Cahors, Henri IV de Pau, Pierre de Fermat immortalisé à Beaumont de Lomagne et Toulouse, sans oublier le calvaire de Julio Cesare Vanini à Toulouse.
En conclusion :
Sur le substrat des connaissances de l’antiquité, grecques plus particulièrement, conservées durant le Moyen-âge; l’imprimerie, la chute de Constantinople et la découverte de l’Amérique favorisent l’émergence d’une nouvelle pensée où l’esprit critique s’oppose à l’obscurantisme. Cette période de Renaissance concerne surtout l’Europe occidentale, elle est symbolisée par : Le nouveau calendrier / L’introduction de la numération Indo-arabe / La révolution copernicienne. Désormais, le monde savant accède à une compréhension des lois qui régissent l’équilibre et l’évolution du monde tandis que le peuple, grâce à l’apprentissage de la lecture, accèdera progressivement et bien plus lentement à cette nouvelle pensée.
Dans cette course, l’antique bassin méditerranéen perd peu à peu sa capacité d’innovation, bridé par une intolérance religieuse certainement plus exacerbée, conduisant à un basculement Nord /sud, qui s’amplifiera au cours des siècles suivants où L’Europe du nord, auquel Paris se rattache, deviendra le moteur principal des découvertes scientifiques.



La mode sous la Renaissance
Médiéviste ayant étudié la vie quotidienne au moyen-âge, Sonia Breux-Pouxviel s’intéresse aussi à l’histoire des costumes, notamment sous la Renaissance. Elle a fait devant le Club Histoire un exposé donnant un aperçu de la mode à cette époque, illustré par de nombreuses diapos et mis en scène par des mannequins issus de la chorale Viva Voce et du Club Histoire. Après avoir indiqué que la mode masculine de la Renaissance a été inspirée par le costume militaire et que la femme va être de plus en plus contrainte par ses vêtements, elle a distingué trois grandes périodes :
1- Le lent bouleversement des débuts de la Renaissance
Dès le 13ème siècle, apparaissent des tissus de plus en plus riches, la soie et le velours notamment. Les boutons sont en nombre croissant. Les manches très longues sont héritées de la période médiévale. La mode masculine valorise un haut de buste très carré avec des épaules larges (matelassées) et une taille resserrée. Les hommes commencent à porter des jupettes avec de longs manteaux et des petits chapeaux en forme de cloche. La braguette est inventée, au départ un simple morceau de tissu attaché par deux liens. C’est aussi à cette époque que le corps de la femme va perdre de sa liberté à travers une taille de plus en plus serrée.
2– Le concours de richesses et d’extravagances sous François 1er et Henri II
Au début du 16ème siècle, on veut être celui qu’on remarque. Les hommes et femmes de cour vont s’adonner à une débauche de richesses et d’extravagances avec des nouveautés qui se succèdent de jour en jour. La dentelle, les perles et pierreries sont utilisées de façon croissante. Les couleurs sont de plus en plus présentes, les rayures deviennent courantes. Les fraises, collerettes de dentelle ou de linon avec une armature entourant le cou, sont de plus en plus imposantes. Les vêtements sont très ajustés et les pourpoints très serrés. La silhouette de la femme est rigidifiée avec une taille de plus en plus serrée et une poitrine escamotée. Les dames portent sous leurs robes la vertugade, jupon avec une armature en osier et parfois un corset métallique, pour leur donner la forme ample voulue. Les robes sont souvent fendues sur le devant pour laisser apparaître par une ouverture triangulaire la cotte de dessous. Les coiffures prennent de l’ampleur. Chez l’homme, la carrure est de plus en plus affirmée. Les manches sont larges et décorées. La culotte barboteuse ou culotte ballon apparaît. La braguette devient un élément de décoration. La faluche (béret large) est portée sur le côté. La cape est sur une seule épaule. Les chaussures ont des bouts ronds voire carrés. La boucle d’oreille, à l’image d’henri III, est à la mode de même que la moustache et la barbe. Tout est fait pour se distinguer, montrer sa richesse, son bon goût, et son importance.
3- le retour à l’ordre avec Henri IV
Vraisemblablement sous l’effet de la réforme et de la religion, on revient à des formes et des couleurs plus sages, qu’il s’agisse des robes, des manches, ou des chaussures. La fraise commence à s’estomper. La silhouette de la femme devient plus droite. Les culottes des hommes sont toujours bouffantes mais descendent jusqu’au genou. On se dirige vers ce qui va être la mode sous louis XIII.
Compte rendu de Bruno Déroulède, visé par les conférenciers


Alain Reilles : Les sciences à la renaissance





Quelques 
uns des

costumes 














Viva Voce et quelques membres du club histoire en tenue de la renaissance