Conférence du 09 10 2017



Les Garibaldi par Anita Garibaldi



Le 9 octobre 2017, le Club Histoire Mémoire et Patrimoine de la Tour Blanche a eu l’honneur d’accueillir Anita Garibaldi, arrière-petite fille de Giuseppe Garibaldi, le héros des deux mondes et le personnage-clé du Risorgimento qui a conduit au 19ème siècle à l’unité italienne. Pendant plus d’une heure, elle nous a présenté cette famille de guerriers peu commune dont l’histoire est liée à celle de la France, mais aussi à celle du Périgord à travers Sante Garibaldi, le père d’Anita.
Idéaliste romanesque, Giuseppe Garibaldi s’est illustré en Europe et en Amérique du Sud dans des combats républicains pour la libération des peuples. Il a transmis ses valeurs combattantes à ses quatre fils, et notamment à Riccioti, grand père d’Anita. Ce dernier épousa Constance Hopcraft issue d’une riche famille anglaise de typographes. Heureusement pour lui car, s’il était talentueux à la guerre, il l’était beaucoup moins dans les affaires. De cette union naquirent 13 enfants, dont Sante, père d’Anita, l’un des sept fils de Riccioti.
Né en 1885, Sante se forme à la technique et va la parfaire en Egypte, dans une entreprise du Baron Empain qui reconstruit le port d’Alexandrie. Rattrapé par les valeurs et traditions familiales, il rentre en Italie en 1912 pour se préparer puis s’engager avec ses frères dans la grande guerre. Deux d’entre eux y seront tués. Après la première guerre mondiale, les frères Garibaldi vont être confrontés à la montée du fascisme qui va créer des oppositions entre eux. Sante n’aime pas la politique, mais il aime encore moins le fascisme. Cela nuit à l’entreprise de BTP qu’il avait créée au lendemain de la guerre. Il doit se réfugier en France à la fin de 1924, peu de temps après avoir rencontré sa future épouse. Arrivé à Paris, il recrée une entreprise de BTP qui se développe rapidement dans les zones dévastées par la guerre. Il est mis en difficulté par l’un de ses frères venus le rejoindre, mais dont les attitudes vis-à-vis du fascisme ne sont pas très claires. Après un épisode judiciaire dont il sort blanchi, il décide de rester en France. Vraisemblablement sur les conseils de son ami Jules Brunet, maire de Ribérac, il opte pour une installation en Dordogne. Sa fiancée l’y rejoint et il se marie à Bouteilles St Sébastien en 1931. Ses affaires prospèrent, en particulier à Montpon et Mussidan, puis à Bordeaux où en 1937 il réalise l’œuvre de sa vie, le stade municipal de Bordeaux toujours en service. Une plaque rappelle qu’il a été construit par Sante Garibaldi et son entreprise.
A l’approche de la seconde guerre mondiale, Sante Garibaldi crée une association d’opposition au fascisme regroupant des italiens avec l’objectif de pousser l’Italie à combattre Hitler aux côtés de la France. Cette association est liée aux réseaux de résistance français et anglais, et compte dans ses rangs des communistes italiens en rupture avec le PC italien. Sante est arrêté puis envoyé en camp de concentration. A sa libération en 1945, il est malade. Rapatrié en Italie, il a du mal à obtenir un passeport pour la France du fait des positions pro Mussolini de certains de ses frères. Mal soigné, il finit par rentrer en France en janvier 1946. Il y mourra en juillet 1946. Il recevra à titre posthume la croix de Commandeur de la Légion d’Honneur. Elle sera remise à Anita par Jacques Chaban-Delmas.
Italo-française, Anita a été fonctionnaire de l’Etat français. Elle s’attache aujourd’hui à faire vivre la mémoire de son illustre famille, et notamment celle de son père qu’elle n’a pas connu. Cette démarche l’a conduite à restaurer la maison de Riccioti Garibaldi, une maison familiale transformée en musée de la famille Garibaldi avec l’aide du petit village italien où elle se trouve.
Bruno Déroulède

Conférence suivie par environ 95 auditeurs

Annita Garibaldi

Sante Garibaldi 

Garibaldi et ses enfants
Sante Garibaldi en 1939 à Bergerac

Conférence du 26.06.2017



Des grandes migrations du Vème siècle à
La naissance de la civilisation européenne.


 Familier du Club Histoire, Mémoire et Patrimoine de La Tour Blanche, Alessandro Festa est fasciné par le monde g
ermanique. Dans sa conférence du 26 juin 2017, il s’est attaché à montrer comment les brassages ethniques issus des grandes migrations du 5ème siècle et la montée en puissance des peuples germaniques dans l’Empire Romain d’Occident, ont conduit à la civilisation européenne d’aujourd’hui.
Alessandro a tout d’abord rappelé les grandes caractéristiques du monde romain :
  • Un empire de cités et de citoyens plutôt que de militaires,
  • Une capacité de Rome à faire assimiler sa culture basée sur une langue commune, des lois communes, et une monnaie commune. Sur ces bases, Rome contrôlait un empire de 65 millions d’habitants qui représentait 6 fois la France en superficie, avec seulement 30 légions (180 000 hommes).
  • La Pax Romana qui pendant une longue période a permis la libre circulation des hommes, des idées, et des marchandises.
Alessandro a ensuite souligné les faits qui marquent la fin de l’Empire Romain :
  • 395 : mort de Théodose, dernier grand empereur de l’Antiquité tardive. L’empire est partagé entre ses fils. Arcadius devient l’Empereur d’Orient et Honorius l’Empereur d’Occident. Les Wisigoths qui étaient installés dans les Balkans profitent de l’instabilité qui fait suite à ce partage pour marcher vers l’Italie.
  • 402 : Stilicon, général romain d’origine vandale, arrive à stopper Alaric, roi des Wisigoths qui menaçait Rome. Mais Honorius, corrompu et jaloux le fait tuer en 408.
  • 410 : Alaric ayant appris la mort de Stilicon se remet en marche et organise le sac de Rome. Cela va entrainer le démembrement de l’Empire Romain d’Occident. Les Alamans s’installent dans la vallée du Rhin. Les Burgondes s’implantent dans la vallée du Rhône. Les Wisigoths occupent la Gaulle méridionale puis la péninsule ibérique. Les Vandales passent de l’Espagne à l’Afrique. Les Ostrogoths occupent le nord de l’Italie qui sera envahie par les Lombards un siècle plus tard.
  • 476 : fin de l’Empire d’Occident et début du moyen-âge.
Ces rappels étant faits, Alessandro s’est centré sur les Germains qui n’écrivaient pas. Les connaissances que l’on en a viennent donc de l’extérieur. César est le premier à parler de Germanie en indiquant que les peuples qui y vivent sont beaucoup plus primitifs que les Gaulois. En 98 après JC, Tacite en fait une description assez vraisemblable :
«  Ils ont été très peu métissés par le passage d’étrangers car les voyageurs se déplaçaient par mer. Qui donc voudraient vivre dans ces territoires affreux par leurs paysages et leur climat ? Les peuples de Germanie ne bâtissent pas de ville et vivent à l’écart les uns des autres, dans des maisons sans décoration. Ils creusent des souterrains qu’ils recouvrent de fumier pour se protéger de l’hiver voire des envahisseurs, et s’en servir de grenier à céréales ».
Tacite parle aussi d’ l’intégrité des Germains par opposition aux pratiques dissolues des Romains.
D’autres chroniqueurs évoquent la cruauté des Saxons et la perfidie des Francs.
Ces peuples germaniques ne vont pratiquement pas évoluer au cours des 5 000 ans précédant JC, alors que vont s’épanouir durant cette période les civilisations égyptiennes, grecques, romaines.
Ces peuples vont se mettre en mouvement dans les derniers temps de l’Empire Romain, vraisemblablement pour plusieurs raisons :
  • Les duretés climatiques qu’ils subissent,
  • Leur incapacité à pratiquer une agriculture suffisamment productive pour les nourrir,
  • La poussée des Huns décrits par ailleurs comme féroces, frustres, laids.
En se mettant en mouvement, ces peuples vont se coaguler et se structurer grâce à une classe dirigeante guerrière et aristocratique dont les membres sont liés par des rapports de loyauté qui plus tard conduiront à la féodalité. Ils vont aussi assimiler les pratiques du monde romain et notamment la codification des lois.
Parmi ces peuples, les Francs, conduits par une aristocratie puissante, vont se distinguer. Ils créeront la Francie occidentale qui deviendra la France et la Francie orientale qui deviendra l’Allemagne.
C’est de ces bouleversements et brassages ethniques qui vont durer près de 1000 ans après la chute de l’Empire Romain, et du Royaume des Francs, que va naitre la civilisation occidentale, fruit du monde romain et du monde germanique.

Bruno Déroulède



1-1- Cartes des provinces
                         
1-2- Nimes
1-3- Arles à l'époque romaine
1-4- Périgueux époque romaine
1-5- Sac de Rome par Alaric 410
1-6- Brennus -390
1-7- Rome
1-8- Carte des migrations
2-1- Carte germains
2-2- Maison des germains 1
2-3- Maisons des germains 2
2-4- Maisons des germains 3
2-5- Maisons des germains 4
2-6- germains 1
Germains 003
Germains 006

                                                   
         
   













                                                   
















promenade du 9 septembre 2017 à CHERVAL.

                                                    

UNE PROMENADE HISTORIQUE TRES REUSSIE
La 9ème promenade historique organisée par le Club Histoire Mémoire et Patrimoine de La Tour Blanche avait lieu à Cherval le 9 septembre dernier. Elle a réuni près de 140 personnes dont 110 au repas. Un circuit d’environ 6 km leur a permis de découvrir la longue et riche histoire de Cherval entre Angoumois et Périgord.

La promenade débuta par une présentation rapide de l’histoire de Cherval et une visite de son église romane du 12ème siècle, commentée par Serge Laruë-Charlus. Avec celle de Trémolat, c’est la dernière église romane au monde qui possède 4 coupoles en ligne, un indice de l’importance de Cherval au moyen-âge.
Conduite par Philippe Peillet, la visite se poursuivit dans le bourg à la découverte de ses vieilles maisons dont l’ancien relais de poste. Puis les promeneurs enthousiastes gravirent les hauteurs de Cherval avec un premier arrêt au trou de tir dégagé par Christian Legrand. Il permettait aux jeunes de Cherval de s’entrainer au tir après la guerre de 1870. La pente du calvaire fut ensuite franchie pour découvrir un magnifique panorama ponctué par quelques sites remarquables comme la motte castrale de Grésignac et le château du Bourbet. Après un arrêt au calvaire, l’un des plus beaux du Verteillacois inauguré en 1873 et lieu d’importantes processions jusqu’à la seconde guerre mondiale, les promeneurs regagnèrent le bourg où Philippe Peillet leur montra le site de l’ancien château de Cherval et une maison destinée à être l’hôtel de la gare si le train était passé par le village.
Les promeneurs se dirigèrent dans la foulée vers l’est pour s’arrêter à la ligne de démarcation qui coupa Cherval en deux entre juin 1940 et novembre 1942. Le témoignage de Marcel Borda, qui vécut cette époque sombre, marqua beaucoup les promeneurs. Ils purent ensuite visiter le logis du Tranchard, un petit château du 16ème siècle, puis Géniblanc où se trouve un morceau de colonne qui dut appartenir à une villa gallo-romaine.
Au terme de ce circuit les promeneurs gagnèrent la salle des fêtes de Cherval où les attendait un repas préparé par Karine et Laurent Gendron et servi par l’équipe de Cherval Avenir
L’après-midi fut consacrée à la visite du manoir de La Feuillade, un ancien fief de la famille de Bourdeille, suivie de celle du Bourbet qui durant 300 ans fut le siège de la grande Sénéchaussée d’Angoumois.
Aux dires de tous, cette promenade fut une réussite. Elle permit de découvrir l’histoire méconnue d’un village qui eut ses heures de gloire, et qui aujourd’hui façonne son avenir avec confiance.
Bruno Déroulède
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
B. Déroulède et le Calvère

                                                                                       Grange La Feuillade

Fragment de colonne- Géniblanc
La Feuillade


La motte de Grésignac,
vue du calvaire
Le trou de tir

Le Bourbet


Mr Borda parlant de la ligne de démarcation

P Peillet et l'histoire du bourg de Cherval

Puits de la Feuillade

Puits du Bourbet
Puits du Tranchant


S. Larue-Charlus commentant l'église de Cherval

Compte rendu de la conférence de l'Art Roman du 10.04.2017

Club d’Histoire de La Tour Blanche 

                À l’aube de l’art roman en Périgord
A quelle époque se sont développées les formes de l’art roman en Périgord ? 
C’est à cette question difficile que s’est attaché à répondre Christian Gensbeitel, maître de conférences en histoire de l’art médiéval à l’université Bordeaux Montaigne. Le 10 avril 2017, pendant près de 90’, il a captivé la centaine de personnes réunies par le Club Histoire Mémoire Patrimoine de La Tour Blanche.

Dire de quand datent les premiers monuments romans est difficile car nous manquons cruellement de repères chronologiques et de sources, déclare d’emblée Christian Gensbeitel. Les datations, élaborées à partir de la méthode comparatiste, sont donc toujours relatives : on essaie de voir ce qui se ressemble ; parfois on a raison, parfois on se trompe. Christian Gensbeitel s’est donc bien gardé de certitudes. A travers de nombreuses photos, il nous a plutôt proposé une manière de regarder et d’interroger les monuments situés en Périgord, plus précisément dans le Diocèse de Périgueux qui intégrait à l’ouest une partie de la Charente.
Comprendre l’architecture romane en Périgord consiste donc à faire des comparaisons, tout en recherchant des indices de datation absolue (C14, datation des mortiers, dendrochronologie,…) quand cela est possible. Le premier art roman est marqué par le poids de la tradition. Il est représenté par des bâtiments assez simples hérités du dispositif basilical. Ils sont rectangulaires, avec une abside ou un chevet rectangulaire, parfois un transept, et généralement dépourvus de voûtes. On les reconnait à leurs murs assez minces appareillés en moellons provenant de sites gallo-romains ou de tas amassés au bout des champs (chirons). Quelques éléments distinctifs permettent d’identifier ces premiers monuments romans : des maçonneries en moellons, des anciennes ouvertures sous forme de petites fenêtres étroites encadrées par des pierres de taille, avec soit des arcs à claveaux étroits de tradition, soit des linteaux simplement échancrés pour imiter la forme d’un arc, ce qui est la forme la plus courante au 11ième siècle.
A la fin du 11ième siècle et surtout au 12ième, l’art roman évolue vers un emploi de plus en plus conséquent, puis systématique, du moyen appareil de pierre de taille, mais aussi vers un aménagement plus sophistiqué des parties orientales, pouvant s’accompagner de la construction de tours (les clochers). L’apparition des clochers correspond à une des nouveautés issues sans doute de la réforme grégorienne qui tend à réaffirmer la place centrale du clergé dans la société tout en renforçant la hiérarchie et la distinction de l’Eglise. Face à la tour du seigneur, le clocher marque la présence du clergé dans le paysage, mais aussi la prééminence des clercs sur la société. C’est l’époque, dans le dernier tiers du 11ième  siècle, où l’on voit apparaître des architectures plus structurées et monumentales, des arcatures plaquées rythmant les intérieurs des absides.
En Périgord, comment détermine-t-on le passage du haut Moyen Âge à la période romane ?
Actuellement, on a peu d’édifices dont on peut dire qu’ils datent du 9ième ou du 10ième siècle. En Dordogne, la question se pose pour l’église de Pressignac-Vicq dont des pans entiers de la nef sont appareillés en moellons et pourraient dater du 10ième siècle. L’église de St Martin de Coulaures possède  une nef dotée d’un appareil en épis (opus spicatum), qui pourrait aussi dater du 10ième siècle. L’église de Montferrand-du-Périgord comporte une partie d’élévation très ancienne semblable, qui t pourrait être antérieure à l’an 1000 mil. L’église de St Jory dans le nord de la Dordogne est sûrement très ancienne avec son chevet plat et ses fenêtres à claveaux étroits. S’il est difficile de dater les édifices antérieurs à l’an  mil, on n’a pas trop de mal à trouver des édifices du 11ième ou du début du 12ième siècle : c’est le cas de l’église de Bors dans le Ribéracois charentais et de celle de St Marcory dans le sud du département.
Les édifices en moellons recouvrent en fait des formes très variées. Le Périgord est un des territoires qui a le plus joué sur une multitude de gammes, de formats, de hauteurs d’assise, de coloration (effet de mouchage). Les monuments les plus connus qui portent des traces de cette aube romane en Périgord sont les églises d’Agonac, de St Hilaire d’Estissac, de Bourg du Bost.
Autre question que l’on se pose : où sont les grands modèles de l’art roman dans le diocèse de Périgueux ? Est-ce la cathédrale Saint-Etienne, en partie détruite lors des guerres de religion dont le clocher représente l’architecture la plus élaborée du 11ième siècle ? Est-ce la basilique Saint-Front, complètement reconstruite au 19ième, mais dont le clocher est un chef-d’œuvre ? Actuellement c’est la tour de Brantôme qui rivalise avec celle de Saint-Front et lui serait antérieure (elle serait de la seconde moitié du 11ième siècle et non de l’époque de Charlemagne). Sa série de chapiteaux marque l’émergence de l’art sculpté.
L’abbaye de Tourtoirac (restes de l’ancienne nef, amorce d’une fenêtre à claveaux, arcades plaquées), les églises de St Léon sur Vézère (un des clochers les plus anciens du Périgord), Jumilhac-le-Grand (chevet en moellons, arcades plaquées à l’intérieur), La-Chapelle-Saint-Robert (édifice en moellons, contrefort sous une fenêtre), Saint-Front-sur-Nizonne (appareil mixte) et Augignac (appareil mixte), Saint-Julien de Jayac, Urval, Segonzac, ou encore la chapelle du château de Villebois Lavalette, sont des monuments intéressants du point de vue du 1er art roman en Périgord, et des témoins de l’élaboration des formes les plus sophistiquées de l’art roman dans ce territoire entre la fin du 11ième et le début du 12ième siècle.

Christian Gensbeitel termine son exposé en soulignant l’éclosion de l’art roman en Périgord au cours du 11ième siècle et son développement sur une période assez longue, ainsi que l’ouverture de ce territoire à différents courants. Cela explique la diversité et la complexité de l’art roman en ses débuts. Ce qui le fédère, ce sont des techniques constructives, des formes simples et familières que l’on retrouve dans toute l’Aquitaine. On ne peut toutefois le cerner aujourd’hui que de façon diffuse. Des datations plus précises et d’autres études sont nécessaires pour redonner toute sa place au roman périgourdin.


Bruno Déroulède
Avril 2017
Vu par le conférencier

Compte rendu de la conférence du 20 mars 2017: "Les clochers dans nos paysages"



Les clochers dans nos paysages

Que serait la France sans ses clochers ? En 1981, un futur président ne s’y était pas trompé. Le clocher de son affiche électorale représentait la tradition rurale, profonde et historique de la France. Il fut élu. Que racontent les clochers dans nos paysages ? Le 20 mars, lors d’une nouvelle conférence très suivie (environ 100 participants) du Club Histoire de La Tour Blanche, Alain de La Ville s’est attaché à répondre à cette question.

De nombreuses églises romanes n’avaient pas de clocher comme celle de St Privat-des-Prés ou celle de Bourg des Maisons. Les premiers clochers furent édifiés en Italie dès le haut moyen âge  sous forme de campanile. Ces tours ou constructions portant des cloches étaient indépendantes du bâtiment de l’église. C’est le cas du clocher de Brantôme voire de celui de Saint Front. Certains clochers ont été construits uniquement pour porter des cloches : les clochers-murs des Cévennes par exemple. A partir du XIème siècle, le campanile est supplanté par le clocher qui s’établit sans rival hors d’Italie. Pointés vers le Ciel, les clochers sont au moyen-âge l’expression du divin, mais aussi l’affirmation de la présence spirituelle et temporelle du Clergé sur son territoire. Dans certains cas, ils peuvent signifier la puissance. Lieux de rassemblement de la communauté chrétienne, ils rythment tout autant la vie religieuse que la vie quotidienne. Au 19ème siècle, l’évolution des techniques permit de construire à un coût abordable des flèches perçant les nuages pour atteindre les cieux. Ce fut le cas pour l’église de Verteillac.

Le premier rôle des cloches et par extension des clochers, est d’appeler les fidèles à la prière, en particulier au moment de l’Angélus qui dans de nombreux villages comme à Cherval, est encore sonné trois fois par jour (7h, 12h, 19h). Le rôle des cloches va au-delà. Le tocsin alerte la population d’un danger imminent, le glas signale l’agonie, la mort ou des obsèques, les volées annoncent un évènement heureux.

Au moyen-âge, les clochers sont aussi des tours de guet. Ils servent de refuge et de défense pour les communautés villageoises qui n’ont pas de château. On en a une bonne illustration avec les églises de St Martial de Viveyrol, Paussac, Bouteilles San Sébastien, Lusignac, St Germain du Salembre, Grand Brassac, Vieux Mareuil, Cercles, ou encore Cherval. Les clochers de certaines de ces églises ont des mâchicoulis créant un surplomb facilitant la protection des portes.

Les clochers vont peu à peu à peu quadriller le territoire et constituer des repères géographiques. Ils permettent en outre de s’orienter, le support fixe de la girouette indiquant comme à Cherval les quatre points cardinaux. Avec la sonnerie des cloches et la présence des horloges, ils rythment le temps.

De nombreux clochers subirent la tourmente révolutionnaire. Ils furent restaurés à partir du Concordat de 1801, début de l’époque des curés bâtisseurs.

Chaque clocher a sa voix. La fabrication des cloches en airain (80% de cuivre + 20% d’étain) obéit à des règles de géométrie qui se sont perfectionnées dans le temps. Composée de différentes parties (joug, anses, cerveau, épaule, robe, panse, pince, lèvre inférieure, battant, faussure), chaque cloche doit émettre la sonnerie la plus belle possible, à l’image de celle de Verteillac qui vient d’être restaurée. L’installation d’une cloche suit par ailleurs des rites avec un parrain et une marraine.

Les clochers sont en définitive les marqueurs de nos paysages, et notamment de nos paysages ruraux. Ils suggèrent souvent des sentiments de paix et d’éternité comme celui de Magnac Lavalette. Dans des paysages qui évoluent, ils rappellent la continuité du temps. A une époque où l’on a tendance à délaisser les campagnes, ils pourraient être aussi des fédérateurs d’énergie pour reconquérir et revitaliser nos territoires.

Bruno Déroulède
Mars 2017


A l'aube de l'art Roman en Périgord




Lundi 10 avril, La Tour Blanche, salle polyvalente, 20h 30

À l’aube de l’art roman en Périgord

Cette conférence aura pour objectif d’évoquer les prémices d’un art roman qui est lui-même difficile à saisir, celui de l’ancien diocèse de Périgueux, qui tient une place singulière en Aquitaine, à la croisée des influences entre Limousin, Languedoc, Gascogne et Pays Charentais. Au sein d’une production romane dominée par quelques grands monuments, les premières phases de constitution de ce paysage artistique au cours du XIe siècle sont encore méconnues et confuses. La conférence permettra d’aborder quelques témoins majeurs, souvent discrets, de ces premiers élans, qui seront mis en perspective avec la production de l’ensemble de l’espace aquitain.

Le conférencier : Christian Gensbeitel

Maître de conférences en histoire de l’art médiéval à l’université Bordeaux Montaigne, est rattaché à l’UMR 5060 IRAMAT-CRP2A, laboratoire spécialisée dans l’étude des matériaux du patrimoine. Il a été entre 1990 et 2006 le directeur de l’Atelier du Patrimoine de Saintonge et animateur de l’architecture et du patrimoine de Saintes Ville d’Art et d’Histoire. Il a consacré sa thèse, soutenue en 2004, aux débuts de l’architecture romane dans les pays charentais. Il a dirigé un ouvrage collectif sur l’Abbaye aux Dames de Saintes (2009) et publié des ouvrages et articles consacrés à l’architecture romane dans l’espace aquitain. Il s’intéresse à l’architecture religieuse romane et préromane de la France de l’Ouest et du Sud-Ouest, avec une prédilection pour l’étude des modes de construction et l’approche archéologique des édifices, ainsi qu’aux questions plus spécifiques des ensembles monastiques et de leurs sanctuaires. Il intègre dans son champ de recherche le décor sculpté des édifices, et s’intéresse aux questions d’héritage historiographique et de construction des doctrines de l’archéologie monumentale médiévale. Il dirige actuellement un Programme Collectif de Recherche consacré à l’église et au prieuré Saint-Eutrope de Saintes et anime depuis 2015 les Rencontres médiévales de Trizay et a conçu en 2016 l’exposition virtuelle « La Charente-Maritime, l’art roman à ciel ouvert » sur le site du Conseil départemental